About

Bernot wrote this text after visiting Jeremie’s Studio in May 2017 :

«Why do I like the paintings of this tall beanpole ?

Structures are like human beings ; the slightest thing is enough to destabalize the whole. A word, a gesture, a pencil stroke…and it is the subtle construct that is atrofied and disapear for the benefit of a misshapen and repulsive skeleton that color weight down a little still.

On the contrary, when the structure change into a system, it has within it the radiant power of evidence. And it is with absolute pleasure that we get the cosmogony of the elements firmly set in our mind.

The motion is self-assured, the stroke is meticulous, the color is wisely spread… All requisites gather so that the dialogue can set in, so that the hymn of possibles happen.

Jeremie Francblum’s work is moved by an organic will to put chaos in motion while the limits of this chaos take shape in this flamboyant orange that enterlace with ease the various color patches.

Five meters away, we are caught up. Called out. As if facing a stained-glass window, we look for the origin of the light. We then get a little closer. Three meters away, we only see the broad outlines and the color geography. But the rythm is still stammering. The music is too far away to fully move along the base lines. Two meters. We’re in, irradiated by the shimmer of blues, greens and yellows. Iridescent maelstrom swaying to the rythm of the mesh convolutions now eased in. At this moment, a chord rings and we uncover a new dimension. The bounderies of the canevas do not exist anymore, we overtook them, pushed back to the farthest reaches of our field of vision. We do not encompass a circumscribed panorama we could still escape from a few moments earlier. We now plunge into the middle of a massive coral made of fish bones, rifts, growths and swellings. A world on its own, rough, where the material, sometimes chalky, sometimes greasy, becomes the ultimate recipient for the glance drown in by the thick canevas easily aiding the substantial weight of the overall.

A few kilos, a good meter and a half. The wingspan of a square bird of prey. So that we do not get lost we start again, we get around, we plant ourself in front of another canevas, noticeably the same, always different.

And so, this is the way we travel in the land of fire, surrounded by figures of overseas childhood : deconstructed harlequin, lyre bird and other blurred castles. This is where we raise our soul in touch with the unspeakable. This is where, when we turn around, we know we have finally been fed, fed with this sustenance that only an artist deserving to be called that can provide us in the asymmetrical deph of our hell. »

Bernot (2017)

(French Version)

Bernot écrit ce texte après une visite de l’atelier de Jérémie Francblum en Mai 2017 :

« Pourquoi j’aime la peinture de ce grand escogriffe ?

Il en va des structures comme des êtres vivants; un rien suffit à déstabiliser l’ensemble. Une parole, un geste, un coup de crayon…et c’est la subtile construction qui s’atrophie et disparaît au profit d’un squelette difforme et repoussant que la couleur alourdit encore un peu.

A contrario, lorsque la structure s’est muée en système, elle porte en son sein la force irradiante de l’évidence. Et c’est avec bonheur que l’on se laisse pénétrer par la cosmogonie des éléments.
Le geste est sûr, le trait soigné, la couleur judicieusement étalée…toutes les conditions sont réunies pour que le dialogue s’installe, que le chant des possibles advienne.

Le travail de Jérémie Francblum est mu par une volonté organique de mise en œuvre du chaos dont les frontières sont matérialisées par cet orange flamboyant qui entrelace avec assurance les différents aplats de couleurs.

À cinq mètres on est happé. Appelé. Comme face à un vitrail on cherche d’où provient la lumière. On s’approche alors un peu plus près. À trois mètres on ne distingue que les grandes lignes et la géographie des couleurs. Mais le rythme est encore balbutiant. La musique trop lointaine pour accompagner pleinement le mouvement des lignes de fuite. Deux mètres. On est dedans, irradié par le miroitement des bleus, des verts, des jaunes. Maelstrom irisé ondulant au rythme des circonvolutions du maillage à présent pénétré. A cet instant, un accord résonne et l’on découvre une nouvelle dimension. Les limites de la toile ne sont plus, on les a dépassés, relégués aux confins de notre champ de vision. On n’embrasse plus un panorama circonscrit auquel on pouvait encore échapper quelques instants plus tôt. On s’enfonce maintenant au milieu d’un massif corallien fait d’arêtes, de crevasses, d’excroissances et de boursouflures.

Un monde en soi, rugueux, où la matière, tantôt crayeuse, tantôt graisseuse, fait office d’ultime réceptacle au regard absorbé par la toile épaisse supportant avec aisance le poids non négligeable de l’ensemble. Quelques kilos, un bon mètre cinquante. L’envergure d’un rapace au carré. Pour ne pas se perdre on recommence, on se déplace, on se plante face à un autre tableau, sensiblement le même, toujours différent.

Et c’est ainsi qu’on voyage en terre de feu, entouré de figures d’outre enfance: arlequin déstructuré, Oiseau lyre et autres châteaux estompés. C’est là qu’on élève son âme au contact de l’indicible. C’est là, en se retournant, que l’on sait avoir été nourri enfin, nourri de cette nourriture que seul un artiste digne de ce nom peut nous apporter dans les profondeurs asymétriques de notre enfer ».

Bernot (2017)